Tout à coup, vers 9 heures ½, comme nous étions rassemblés à la maison, en attendant le prêtre, nous entendîmes des avions dont le vrombissement se rapprochait de plus en plus et qui furent bientôt au-dessus de nous ; de suite les batteries contre avions d'ouvrir le feu, cependant que les bombes commençaient à dégringoler. Abandonnant le cercueil, nous nous mîmes derrière la maison, dans le jardin (abri moral), ayant bien en vue tout ce tableau infernal, sans pouvoir changer rien à notre situation. Un bombe ayant tombé dans la cour de la gare, c'est une pluie de cailloux qui s'abattit sur la maison qui hocha d'une façon terrible. Il y eut un soldat et deux chevaux tués ; les petits civils qui étaient à côté furent épargnés. Puis ce furent des bombes sur les dépôts de matériel qui sautaient à perte de vue, et toutes ces chutes, seulement de 50 à 200 mètres de nous.
Ah ! mes amis, quels instants ! Étions-nous bien au front ? Et nous ne saurions dire lequel de nous était le plus brave !... Après au moins un quart d'heure de ce tintamarre (ce qui nous parut long), le calme revint ; nous attendions l'abbé Véron, lequel, à ce qu'il paraît, s'était couché dans le cimetière, entre deux caveaux. Enfin, il arriva à la maison ; mais il ne put que donner la bénédiction : impossible de prononcer une parole. Nous nous mettons donc en marche vers le cimetière. (Le cimetière se situait alors à l'emplacement de l'église actuelle).
Le cimetière pendant la 1ère guerre mondiale
En descendant la rue de la Gare, deux officiers qui devisaient, près des Quatre Chemins, nous regardèrent passer en rigolant, et pourtant, derrière nous, deux soldats rapportaient, étalé sur deux fusils et caché avec une capote, leur camarade tué en gare.
Comme piétons et conducteurs se sauvaient pendant l'attaque, il nous fut donner également de voir un équipage léger traîné par deux chevaux qui s'emballèrent au milieu ces explosions ; le soldat qui montait l'un d'eux fit une chute, mais ne vida les étriers que d'un pied, ce qui fit qu'il resta suspendu, sa tête traînant sur le pavé ; à chaque bond, un morceau restait sur la route, et, chevaux, voiture et homme sans tête, vinrent échouer, on ne sait comment, dans une cour de l'habitation de M. Bobeuf, l'adjoint actuel.(La parution de cet article de presse date donc de la période 1929-1940)
La tombe de la famille Lesage-Dubois
Vous pouviez rire, MM. les Allemands !
Quand, après cette alerte et la cérémonie terminée, nous regagnâmes Fonsomme, tous assez peinés, une partie des habitants nous attendait à l'entrée du village, car ils croyaient bien ne pas nous revoir tous.
C'est égal, pauvre M. Lesage ! Un homme aussi bon, serviable et considéré de tous. Votre fin tragique reste gravée dans notre mémoire, et nous répétons : Que maudite doit la guerre !...
M. Verzinet apporte la précision suivante : M. et Mme Égret ont soigné Mme Lesage jusqu'à sa mort ; elle leur a fait don de sa propriété, habitée actuellement par M. et Mme Michel Guilmain.
L'ancienne maison LESAGE